Au lui qu’il est une « machine de

Au pays de
l’imagination, de la magie et de la fantasmagorie, tout est possible : une
grenouille qui se transforme en prince, un âne qui donne des pièces d’or,  un coup de baguette qui modifie les souris et
des lézards en attelage, une  citrouille
qui devient en chariot magnifique, une jeune fille qui dort pour une durée de
cent ans sans avoir une seule ride, la fée qui change le destin d’une personne,
etc. Les contes sont les histoires à dormir debout. Il n’y a rien de crédible,
pourtant ils nous ne cessent de séduire depuis l’éternité. 1

Dans la préface de La femme et les garçons (2012) 2,
Bernadette Bricout écrit:

We Will Write a Custom Essay Specifically
For You For Only $13.90/page!


order now

 « Nos existences à l’épreuve du réel sont
marquées par des rencontres, des fulgurances, des découvertes, des errances,
des ruptures et des conversions que les romanciers mêmes hésitent à introduire
dans la fiction. Dans la vie réelle, il arrive souvent … que l’on observe des
signes que l’on ne comprend pas, que l’on emprunte des chemins qui ne mènent
nulle part, que l’on se laisse séduire par de fausses promesses, par des amours
de pacotille, des paradis en trompe-l’œil. Le conte merveilleux ignore ces
subterfuges et ces atermoiements. Max Lüthi disait de lui qu’il est une «
machine de rêve », parce que tout s’y enclenche parfaitement. »

Le Petit Robert3
définit le terme « conte » comme un récit court d’aventures
imaginaires ou fantastiques, destiné à distraire mais également à instruire. Le
début d’un conte est très souvent une formule d’ouverture telle que « Il était une fois… », « Jadis », « Il y avait dans le temps… », «Il
y avait une fois… » et « Untel
vivant… ». En raison de ces formules, l’histoire s’inscrive dans un temps
imprécis et un espace indéterminé (« dans un pays lointain), ce qui a pour
l’objectif d’annoncer qu’on échappe la réalité et qu’on plonge dans un univers
merveilleux. Le récit se caractérise d’une panoplie de personnages, y compris
le héros, des êtres imaginaires (ogres, sorcières, démon, fées, magiciens). Il
joue sur les contrastes ou le lecteur se trouve dans un monde manichéen ;
le bien lutte le mal, les bons contre les méchants. Jean François Dortier,
sociologue français a dit dans son article L’univers
des contes,

« Dans
les contes du monde entier, on retrouve à peu près les mêmes galeries de
personnages très stéréotypés, se répartissant en très gentils et très …
méchants. » 4

Dans le conte, on
connait rarement les personnages par leur nom propre mais ils sont généralement
désignés par un surnom qui met en lumière un trait physique (Barbe Bleue ou le
Petit Poucet), ou même un vêtement (Le Petit Chaperon Rouge).

Toutefois, ces récits
imaginaires sont toujours tirés de la réalité. Donc, ce qui rend ces récits plus
réalistes sont à priori les personnages ordinaires, ce qui nous aide à s’identifier
avec eux. Ces personnages ont néanmoins des qualités uniques ou des traits de caractère
humain qui sont renforcés au dernier point, voire à l’intensité rocambolesque
et aberrante – la cruauté inconcevable de Barbe Bleue, la bravoure et la
gentillesse extraordinaire de Cendrillon, l’innocence et la naïveté étonnantes
de Petit Chaperon Rouge, la vaillance époustouflante du  prince de La
Belle au bois dormant, etc.

En 1928, Vladimir
Propp, folkloriste russe a initié l’analyse structurale du conte. Dans son œuvre
intitulé Morphologie du conte5, il a examiné le
corps d’une centaine de contes merveilleux de la tradition russe. Il a ainsi observé
qu’il existe des « variables » (noms et attributs des personnages qui
sont permutables d’un conte à l’autre) et des “constantes” (fonctions6 que les
personnages accomplissent dans le conte). Il a concocté une liste de trente et
une fonctions qui dans le cadre général représentent la base morphologique des
contes merveilleux.

Le conte fait partie de
la catégorie englobante des récits. Il a une structure narrative qui linéaire
et simple. Les séquences d’événements sont organisées autour d’une intrigue.7 Il
suit un schéma narratif unique. Claude Brémond8 présente
un schéma narratif qui est applicable aux contes, et qui permet d’en faciliter
l’étude et la compréhension. On y retrouve 5 éléments de base. Tout d’abord, la
situation initiale ou  la scène
d’exposition précise le cadre spatio-temporel et présente les personnages
principaux et leurs conditions de vie. Puis l’élément déclencheur présente un
événement qui brise le calme et perturbe les habitudes et bouleverse la vie
quotidienne du personnage. Ensuite, ce dernier vit une succession d’aventure
pour résoudre le problème et rétablir le calme. Chaque péripétie présente une
épreuve mais également une possibilité concrète de la surmonter. Après, l’élément
de résolution apporte une solution au problème et constitue la fin de l’aventure.
Enfin, la situation finale clôt le récit et indique comment la vie des
personnages est transformée grâce à l’aventure qu’ils ont vécue, le châtiment
du méchant et le bonheur qu’ils connaissent finalement.

L’origine et l’histoire des contes

Qui dit
l’origine des contes, dit aussi l’éternité. De la sorte que cela remonte à la
période de préhistoire, vers la fin du néolithique.9  La transmission des contes s’est effectuée de
forme orale, c’est-a-dire de ouï-dire, de bouche à oreille. En  effet, 
« depuis  qu’il  parle, 
l’homme  raconte  et 
construit  un rapport  au 
monde  et  son 
rapport  à  ses 
congénères.  On  retrouve 
des  contes semblables  dans 
tous  les  pays 
du  monde »  nous 
expliquent  France  Lopet 
et Catherine Poret.10 Même Josiane
Bru dans son article intitulé, « Qu’est-ce
qu’un conte de tradition orale ? »11 nous
fait remarquer cette idée en disant que,

« Les contes – plus encore que les légendes – sont
des récits sans auteur identifiable, passés de bouche à oreille avec ce souci
de bien dire. Ils ont été élaborés tout comme ils sont transmis – sans le
secours de l’écrit.»

 

Les folkloristes n’ont aucun doute que les contes avaient un caractère
social et que  « le conte populaire s’est
transmis par voie orale tant qu’il a fait partie d’une culture vivante. »12 Dans
cette tradition d’oralité
littéraire, le récit devenait primordial car il était un objet pour lui-même et
il est digne d’être transmis. A cela s’ajoutait le processus collectif de
produire le conte. L’art de raconter était un art dramatique parce que cela incorporait
le corps, la voix, le ton, le rythme, les expressions et personnalité du
conteur mais également le public.

Diderot
dans la préface de Ceci n’est pas un
conte (1773) a écrit « Lorsqu’on fait un conte, c’est à quelqu’un qui
l’écoute »13.

Afin de
faire croire une histoire comme vraie, Le conteur amplifiait, sélectionnait
certaines choses mais censurait et éliminait toutes autres « variations déviantes, trop
étrangères au sens profond du conte »14 selon les spectateurs, les croyances
populaires, la religion dominante, le climat politique, les superstitions de la
région, etc.

 Par conséquent, il existe une grande
variabilité régionale, un vaste éventail de possibilités. On trouvait des
motifs universels dans  tous les réassemblages
et les permutations des contes.

«  La
variabilité est une qualité inhérente à la transmission orale. La fragilité qui
pourrait en résulter est compensée par le fait qu’il s’agit d’un savoir commun,
partagé. Plaisir de la répétition du même et de la variation sur le même qui
est la part de liberté du conteur. Celui-ci agit sous le contrôle de la
communauté qui se reconnaît dans ce qui est dit et qui valide dans le processus
de transmission ce qui est acceptable par tous. … Il y a des éléments qui
passent d’un conte à l’autre mais on reconnaît qu’il s’agit de la même
histoire, du même conte : on parle de variantes ou de versions. »15

Il faut
néanmoins saisir une vérité de base dans le domaine de la tradition orale – La
liberté du conteur à faire de l’improvisation du récit est une liberté
surveillée. Toutefois, le conteur n’est jamais un prisonnier du modèle fixe des
contes que la tradition orale lui offre. Il le fait sien. En restant fidèle au
sens original, le conteur présente les paroles anonymes venues d’ailleurs et de
lointain, ensevelis dans nos souvenirs, comme une parole nouvelle. 16 Comme
le mythe, on peut donc dire en reprenant les propos de Lévi Strauss que « le conte ne se définit que par l’ensemble
de ses variantes ».17 Une étude minutieuse de différentes
versions existantes nous révèlent que les motifs qui sont  permutables d’une variation à l’autre ne sont ni arbitraires ni
accidentels et que, selon la formule de Lévi Strauss, dans les mythes comme
dans les contes « même les substitutions sont astreintes à des
lois ».18

Alors, c’est à
l’intermédiaire de la mémoire des hommes que les contes ont traversé des
siècles. Les contes en conséquence se diffèrent l’uns des l’autres selon les
pays, les époques et les civilisations. Pendant la période de la Renaissance en
Italie, les premières
réécritures des contes oraux ont apparu. Puis, grâce à la venue de différents
moyens de transmission et de communication, l’échange   des  
traditions  populaires  a beaucoup évolué. Au cours du XVIIe siècle
dans  les 
milieux  ruraux, la diffusion des
contes et sa  transmission  écrite 
s’est progressivement mise en place à travers la collection de la  Bibliothèque 
Bleue. Selon Catherine Sevestre, cela a «  révolutionné 
la  culture  populaire, 
jusque-là  uniquement  orale 
».19  Ainsi, un grand nombre de public avait l’accès  au monde merveilleux des contes. A la fin du
XVIIème siècle en France les contes ont connu un succès énorme dans les salons
mondains. Quand Charles Perrault a publié en 1697 le recueil ce recueil qui constitue
l’un des « classiques » de la littérature enfantine, intitulé Histoires ou contes du temps passé, avec des
moralités: Contes de ma mère l’Oye, on a témoigné la volonté de fixer et de
figer ces histoires ambulantes, racontées.20

La réécriture des contes

Dans les années récentes, le conte qui a
longtemps été considéré comme un sous-genre littéraire  a connu un regain d’intérêt général, un engouement
comme jamais vu auparavant auprès du grand public même également des milieux de
la recherche et de la critique. La capacité du conte a s’adapter à toutes les époques,
les pays, les cultures et les civilisations,   Cette
attention nouvelle pour un genre qui a été l’apanage de la culture enfantine
depuis le succès des Contes de Perrault témoigne de la capacité du conte à
s’adapter à toutes les époques.

Cette attention nouvelle pour un genre
qui a été l’apanage de la culture enfantine depuis le succès des Contes de
Perrault témoigne de la capacité du conte à s’adapter à toutes les époques. La
réécriture des contes que nous nous proposons d’étudier dans ce mémoire traduit
un tournant dans l’évolution de ce genre, car ce phénomène florissant est
relativement récent dans la littérature de jeunesse.

Le conte connaît actuellement un
engouement sans précédent auprès du grand public,

en témoignent les recueils de contes
publiés chaque année et les nombreux festivals de contes

qui se tiennent au Québec comme en
Europe, attirant toujours plus de monde.

1 Jardin Evelyne, Dortier Jean-François, Molino Jean, Erny Pierre, Contes et récits: pourquoi aimons-nous les
histoires?, Sciences humaines, vol. 148, no. 4, 2004, pp. 21.

2 Fdida, Jean Jacques, La femme et
les garçons, Silène, Paris, 2012, p. 12-13

3 Le Petit Robert micro, édition 2013, p.73

4 Dortier,
Jean-François, L’univers des contes, Sciences
humaines, vol. 148, no. 4, 2004, p. 22

5Propp, Vladimir, Morphologie du
conte, Seuil,  Paris, 1965

6 « Par fonction, nous entendons l’action d’un personnage, définie
du point de vue de sa signification dans le déroulement de l’intrigue », Propp,
Vladimir, Morphologie du conte,
Paris, coll. Poétique, Seuil, 1970, p. 31.

7 Ibid.

8 Brémond,
Claude, Logique du récit, Seuil,
Paris, 1973

 

9 Reportage BBC, Fairy tale origins thousands of years old, researchers say, BBC Angleterre,
2016
URL : http://www.bbc.com/news/uk-35358487 consulté le 21 décembre 2017

10 LAULEY France et PORET Catherine, Littérature
: mythe, conte et fantastique, Cycle 3, Paris, Bordas, 2002, p. 12

11 TORREILLES, Claire; VERNY, Marie-Jeanne, Contes e cants : Les recueils de littérature orale en pays d’oc, XIXe
et XXe siècles, Presses universitaires de la Méditerranée, Montpellier, 2004,
p.152
 URL : http://books.openedition.org/pulm/476?lang=fr#bibliography
consulté le 21 décembre 2017.

12 Soriano M., Les contes de
Perrault : culture savante et traditions populaires, Paris, Gallimard, Bibliothèque
des idées, 1968, p. 14.

13 Diderot, Denis, Ceci n’est pas
un conte, Correspondance littéraire, France, 1773.

14 TORREILLES, Claire; VERNY, Marie-Jeanne, Ibid., p. 157

15 Ibid. p. 157

16 Brunel, Pierre, Companion to Literary Myths, Heroes and Archetypes, Routledge
nouvelle édition, 1995, p. 1065

17 Lévi-Strauss, Claude, Anthropologie
Structurale, Ch. XI : La structure des mythes, Paris, Plon, 1958,
p. 252

18 Lévi-Strauss, Claude, Anthropologie
Structurale II,  La structure et la
forme. Réflexions sur un ouvrage de Vladimir Propp », Paris, Plon, 1960, p.
139-173.

19 Sevestre, Catherine, Le  roman 
des  contes  : 
contes  merveilleux  et 
récits  animaliers, histoire et
évolution, du Moyen Age à nos jours : de la littérature populaire à la
littérature jeunesse, Étampes: Cédis Édition, 2001,  p. 141.

20 Hollemaert, Estelle, Quel rôle
joue le conte dans le développement de la personnalité de l’enfant et de sa
socialisation au cycle 1 ?, sous la direction de Donadille Christian,
Lille, Ecole de l’IUFM Nord Pas de Calais, Université d’Artois, 2013, p.2

x

Hi!
I'm Owen!

Would you like to get a custom essay? How about receiving a customized one?

Check it out